Une femme handicapée sur deux est « victime de violences toute sa vie » en Nouvelle-Aquitaine (N-A)

90% des femmes en situation de handicap relèvent des violences verbales et psychologiques, 60% d’entre elles ont subi des abus physiques, 50% ont été victimes de viol. Zoom sur l'étude faite pour l’Observatoire régional des violences sexistes de N-A.

Johanna Dragorn, sociologue et chercheure à l’Université de Bordeaux vient de publier des conclusions de son étude faite pour l’Observatoire régional des violences sexistes et sexuelles de Nouvelle-Aquitaine. Elle a receuilli plus de 200 réponses à un questionnaire et a procédé à des entretiens individuels avec 40 femmes à handicap. Son enquête portait sur les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes en situation de handicap de sa région : les résultats sont glaçants. 

En effet, les femmes que Johanna Dragorn a rencontré sont des victimes de violences dans toutes les sphères de leurs vies : "là elles ont toutes parlé d’inceste dès l’enfance, de harcèlement à l’école et/ou de maltraitance médicale ou gynécologique, de violences conjugales…". De plus, à la fin de chaque entretien, les femmes interviewées disaient que ce n'est pas si grave et qu'il y a pire. Madame Dragorn explique que comme elles ont toujours connu des violences, elles les ont banalisées, et ces agressions font partie des limites de la normalité. Elle ajoute qu'un tel continuum d’agressions est pourtant à ce point là inhumain, et leur capacité de résistance l’est aussi. 

De plus, l'étude démontre que les femmes en situation de handicap subissent deux fois plus d'agressions incestueuses durant leur enfance. La chercheure justifie cela par la vulnérabilité et le moindre risque que prennent les agresseurs. "Il reste tout de même certains freins chez les auteurs potentiels, dont la crainte que la victime puisse parler. Quand celle-ci est en situation de handicap mental, il y a encore moins de risque de se faire prendre… C’est la double peine pour ces victimes en situation de handicap ou présentant des problèmes psychiques. Leur crédibilité pâtit de deux stéréotypes : femme, donc hystérique, et folle. Elles sont rarement crues lorsqu’elles en parlent, en dépit des témoignages. Et plus elles vont s’énerver et se mettre en colère, moins on va les croire." Suite à ces agressions, les femmes en situation de handicap s'orientent vers les associations plutôt que les services de police ou les institutions. 

Cette enquête illustre le fait que 40% des femmes interrogées sont également victimes de violences économiques et administratives. En effet, il arrive que les conjoints violents confisquent les aides financières et allocations, surtout si leurs femmes sont sous leur tutelle. "Pour les femmes en situation de handicap moteur, il est pourtant très compliqué de quitter un bourreau domestique : qui va alors s’occuper de leur toilette ? Certaines qui ont pris le risque peuvent se retrouver dans une situation sanitaire et hygiénique catastrophique. Des départements ont expérimenté des dispositifs de déconjugalisation des handicapées victimes de violence conjugales, comme la Gironde. Il faudrait les systématiser partout en France." explique Johanna Dragorn. 

Enfin, cette étude nous montre une fois de plus la prééminence des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes en situation de handicap.