Faut-il fermer les maisons de repos ?

Après-COVID : les Fédérations des CPAS bruxellois et wallons réfléchissent au devenir des maisons de repos

La perception des maisons de repos est ambivalente. Fréquemment, l’image qui en est projetée est négative.Nombre de familles tentent pourtant de trouver une place pour un parent dans une de ces résidences. À leur corps défendant et meurtri, ces maisons ont été sous les feux de la rampe avec la crise du COVID. Le terme de mouroir a ressurgi. Doivent-elles disparaître ? Sous la plume de Jean- Marc ROMBEAUX, Conseiller expert, les Fédérations des CPAS bruxellois (Brulocalis) et wallons (UVCW) proposent une réflexion éclectique.

Plusieurs constats de base s’imposent. La majorité des aînés restent à domicile. Si la majorité des résidants demaisons de repos a plus de 80 ans, 4 octogénaires sur 5 vivent à domicile au sud du pays. La durée de séjour enmaison de repos avoisine dorénavant 3 En 2019, 12 946 aînés habitaient en maison de repos à Bruxelles et 46 652 en Wallonie.
L’emploi en maisons de repos peut être estimé à presque 10 000 à Bruxelles et un peu plus de 37 400 en Wallonie.Au total, sur Wallonie-Bruxelles, cela ne fait pas loin de 50 000 personnes. Dans un monde automatisé, les maisons de repos ont une haute intensité en travail et proposent des fonctions non délocalisables pour des qualifications variées.

En Wallonie, les maisons de repos comptent en moyenne 89 places ; à Bruxelles, 112. Les « résidences mastodontes » sont l’exception.

Quelques grandes tendances sont à l’œuvre de longue date dans l’accueil des aînés.
L’entrée se fait à un âge toujours plus avancé. En 1999, les moins de 80 ans représentaient 36 % des résidants wallons. En 2017, ils ne sont plus que 25,8 %. Dans la Région de Bruxelles-Capitale, la « surprise du chef » est le recul en chiffres absolus du nombre de résidants : - 455 (- 3,4 %) de 2014 à 2019.

Les résidants d’aujourd’hui sont plus vulnérables. Les personnes en catégorie O sont réputées autonomes. EnWallonie, c’était 1 résidant sur 4, il y a 20 ans. Aujourd’hui, ils sont un peu plus peu plus d’1 sur 10. Un quart des résidants bruxellois était aussi présumé autonome, il y a 20 ans. À l’heure actuelle, c’est pratiquement 1 sur 6.

Le nombre de résidants désorientés va croissant. En 1999, en Wallonie, un tiers des aînés l’était dans le secteur public. En 2018, ils sont dorénavant 43,4 %. L’évolution à Bruxelles est similaire.

Une quatrième évolution marquante est celle des tarifs de base moyens. Tous secteurs confondus, sur dix ans lahausse des prix au-delà de l’inflation a été de 21,1 % en Wallonie et de 22,6 % à Bruxelles. En 2018, le prix moyenétait de 49 euros au sud du Pays et 60 dans la Région de Bruxelles-Capitale. Les niveaux atteints par les tarifs jouent dans certains cas au moins comme un frein lorsque l’accueil en maison de repos est envisagé. Ils entraînent également une hausse des dépenses d’aide sociale des CPAS pour des résidants en maisons de repos. Elle a été de 42,5 % de 2015 à 2019 en Wallonie.

À Bruxelles, une enquête qualitative sur les résidants les plus autonomes a identifié cinq profils. Le quatrièmeprofil renvoie à un placement de type Le cinquième reprend des personnes pour qui l’entrée en maison de repos s’inscrit dans le prolongement d’un parcours institutionnel. Il s’agit de personnes « jeunes », souffrant deproblèmes de santé mentale ou d’un handicap. Est-ce que la maison de repos est la bonne solution à un problème de logement d’une part ; à des problèmes de santé mentale voire de troubles psychiatriques d’autre part ? Pour ces deux catégories, une autre réponse devrait être organisée.

La majorité des aînés vit à domicile et souhaite y finir ses Par humanité et esprit démocratique, cette attente est à respecter au mieux. L’accompagnement à domicile doit progresser et l’autorité publique doit continuer à libérer des moyens en ce sens.

Toutefois, la vie à domicile de tous à tout âge n’est pas soutenable. Elle se heurte à trois grandes limites : la disponibilité de l’aidant informel, le coût pour l’aîné et la collectivité, le nombre croissant de personnesdésorientées ou atteintes d’une affection type Elle induit aussi des difficultés en termes de continuité de soins, de mobilité et consommation d’énergie. La question de la solitude dans un habitat qui n’est plus convenable n’est également point à sous-estimer.

Les données statistiques disponibles sur le profil des résidants ne permettent plus une prévision précise des besoins en lits de maisons de repos. Au niveau wallon, une approche par scénario permet toutefois de baliser le débat. Un scénario optimiste serait que deux tiers des nouveaux lits découlant du seul facteur démographique ne soient pas nécessaires. Avec un tel scénario, le besoin de places serait de 2 594 à horizon de 5 ans, 4 519 à 10 ans, 11 502 à 20 ans. Même avec des hypothèses volontaristes, le facteur démographique requerra l’ouverture d’un nombre conséquent de

Avant le COVID, le contexte budgétaire n’était déjà pas Celui post-COVID va être encore plus compliqué. Il faudra d’abord faire avec ce que l’on a et continuer à améliorer la qualité dans l’accompagnement des personnes âgées.

Deux études américaines montrent un manque d’interactions verbales et relationnelles du personnel avec les résidants. Cela découle pour partie de la formation de base. Elle reste centrée sur l’apprentissage des techniques, tandis que la communication y est trop peu présente.

Une désinstitutionnalisation de l’intérieur peut être visée. Dans une maison de repos, il y a des tensions et une balance entre des principes et valeurs. Un facteur décisif est la culture de travail. Elle est impulsée par le directeur et vécue par l’ensemble de l’équipe. La place du résidant doit être la plus centrale possible. À son endroit, il faut un esprit de respect et de bienveillance. Autant que faire se peut, il convient de favoriser sa liberté de choix et l’impliquer dans les décisions du quotidien.

Au sein d’une grande maison de repos, il est possible d’avoir différents lieux de vie, un peu comme une ville peut héberger plusieurs quartiers. C’est une façon de concilier les avantages économiques de la taille, tout en gardant une plus grande proximité et humanité.

Une quatrième évolution marquante est celle des tarifs de base moyens2. Tous secteurs confondus, sur dix ans lahausse des prix au-delà de l’inflation a été de 21,1 % en Wallonie et de 22,6 % à Bruxelles. En 2018, le prix moyenétait de 49 euros au sud du Pays et 60 dans la Région de Bruxelles-Capitale. Les niveaux atteints par les tarifs jouent dans certains cas au moins comme un frein lorsque l’accueil en maison de repos est envisagé. Ils entraînent également une hausse des dépenses d’aide sociale des CPAS pour des résidants en maisons de repos. Elle a été de 42,5 % de 2015 à 2019 en Wallonie.

À Bruxelles, une enquête qualitative sur les résidants les plus autonomes a identifié cinq profils. Le quatrièmeprofil renvoie à un placement de type Le cinquième reprend des personnes pour qui l’entrée en maison de repos s’inscrit dans le prolongement d’un parcours institutionnel. Il s’agit de personnes « jeunes », souffrant deproblèmes de santé mentale ou d’un handicap. Est-ce que la maison de repos est la bonne solution à un problème de logement d’une part ; à des problèmes de santé mentale voire de troubles psychiatriques d’autre part ? Pour ces deux catégories, une autre réponse devrait être organisée.

La majorité des aînés vit à domicile et souhaite y finir ses Par humanité et esprit démocratique, cette attente est à respecter au mieux. L’accompagnement à domicile doit progresser et l’autorité publique doit continuer à libérer des moyens en ce sens.
Toutefois, la vie à domicile de tous à tout âge n’est pas soutenable. Elle se heurte à trois grandes limites : la disponibilité de l’aidant informel, le coût pour l’aîné et la collectivité, le nombre croissant de personnesdésorientées ou atteintes d’une affection type Elle induit aussi des difficultés en termes de continuité de soins, de mobilité et consommation d’énergie. La question de la solitude dans un habitat qui n’est plus convenable n’est également point à sous-estimer.
Les données statistiques disponibles sur le profil des résidants ne permettent plus une prévision précise des besoins en lits de maisons de repos. Au niveau wallon, une approche par scénario permet toutefois de baliser le débat. Un scénario optimiste serait que deux tiers des nouveaux lits découlant du seul facteur démographique ne soient pas nécessaires. Avec un tel scénario, le besoin de places serait de 2 594 à horizon de 5 ans, 4 519 à 10 ans, 11 502 à 20 ans. Même avec des hypothèses volontaristes, le facteur démographique requerra l’ouverture d’un nombre conséquent de
Avant le COVID, le contexte budgétaire n’était déjà pas Celui post-COVID va être encore plus compliqué. Il faudra d’abord faire avec ce que l’on a et continuer à améliorer la qualité dans l’accompagnement des personnes âgées.
Deux études américaines montrent un manque d’interactions verbales et relationnelles du personnel avec les résidants. Cela découle pour partie de la formation de base. Elle reste centrée sur l’apprentissage des techniques, tandis que la communication y est trop peu présente.

Une désinstitutionnalisation de l’intérieur peut être visée. Dans une maison de repos, il y a des tensions et une balance entre des principes et valeurs. Un facteur décisif est la culture de travail. Elle est impulsée par le directeur et vécue par l’ensemble de l’équipe. La place du résidant doit être la plus centrale possible. À son endroit, il faut un esprit de respect et de bienveillance. Autant que faire se peut, il convient de favoriser sa liberté de choix et l’impliquer dans les décisions du quotidien.

Au sein d’une grande maison de repos, il est possible d’avoir différents lieux de vie, un peu comme une ville peut héberger plusieurs quartiers. C’est une façon de concilier les avantages économiques de la taille, tout en gardant une plus grande proximité et humanité.

L’accompagnement des personnes atteintes de démence peut aussi être bonifié. La personne de référence pour la démence exerce une fonction de conseil, de sensibilisation et de suggestion. Il conviendrait qu’elle soit financée au minimum à temps plein à partir de 50 Cd et/ou D. Les personnes atteintes d’une affection de typeAlzheimer ont, dans les premiers temps de la maladie, besoin de plus de personnel de réactivation et moins de personnel de nursing. Pour rencontrer cette réalité, une catégorie D aété créée en maison de repos. Ce devrait aussi être le cas en maison de repos et de soins.

Des leçons sont à tirer pour l’après-COVID. Dans la crise des maisons de repos, l’erreur originelle fut delaisser pendant près d’un mois le secteur sans matériel de protection et sans capacité de Les conséquences sont horribles.

Il importe à l’avenir que les maisons de repos soient mieux armées pour faire face à un possible rebond ou une nouvelle épidémie. À cette fin, il convient notamment de : 

  • disposer d’un stock de matériel de protection macro (fédéral ou régional) et micro (MR) ;
  • former le personnel à l’usage des masques et l’équipe de direction à l’organisation d’un cohortage ;
  • collaborer avec une infirmière hygiéniste et disposer d’une infirmière référente en hygiène dans la maison même ;
  • avoir partout un médecin
    En cas de rebond ou de nouvelle épidémie, il faut, le plus tôt possible, procéder à un testing de l’ensemble dupersonnel et des résidants, de manière à prévenir les contaminations croisées et réaliser au besoin le cohortage. Une stratégie de testing devrait répondre à minimum 4 questions : qui est testé ? Qui teste ? Qui paie le test ? Comme réagir face un cas suspect ? Avoir noué une convention avec un laboratoire ou un hôpital pour le testing apparaît dorénavant comme un must. Les tests sérologiques devront être pris en compte dans cette stratégie et l’utilité du vaccin contre la grippe y sera à rappeler.

Les relations entre les maisons de repos et les hôpitaux sont à fluidifier. Entre certaines maisons de repos et hôpitaux, il y a eu des synergies intéressantes, notamment pour l’achat de matériel de protection et de gel. Ellespourraient devenir structurelles. Ce type de collaborations est à approfondir. A contrario, des personnes quiauraient été hospitalisées en temps ordinaires ne l’ont pas été. Cela ne doit plus se reproduire. Une réflexion éthique sur la fin de vie sera à poursuivre. En tous les cas, une maison de repos n’a pas à fonctionnée comme unhôpital « low cost ». Ce n’est pas sa vocation et elle n’en a pas les moyens, ni humains, ni matériels.

Les relations entre les maisons de repos et les généralistes sont également à fluidifier. En cas de deuxième vague ou de nouvelle épidémie, les médecins généralistes devraient être équipés en tests de dépistage et en matériel de protection de manière à pouvoir continuer à voir leurs patients et à ne donner de certificats médicaux qu’en cas de nécessité médicale dûment attestée.

La crise a montré que le soutien psychologie était nécessaire, tant pour les résidants que pour le personnel.

Il convient également de travailler sur les déterminants sociaux de la santé. À cette fin, il importe notamment de renforcer les fonctions sociales et relationnelles au sein d’une maison de repos, ainsi que de considérer la personne âgée comme une ressource, s’appuyer sur ses compétences et la faire agir positivement pour sa santé lorsque son degré d’autonomie le permet.

L’instauration d’une protection épidémie à l’échelon fédéral pourrait aider à prévenir un épisode aussi douloureux que celui connu par les maisons de repos 3 mois durant.

Il ne faut point opposer l'accompagnement à domicile avec les maisons de repos et leurs alternatives, mais plutôt travailler surces trois leviers en même temps, en respectant autant que faire se peut la liberté et le choix des aînés.