Comprendre le handicap psychique : Eléments théoriques et analyses de cas

Comprendre le handicap psychique : Eléments théoriques et analyses de cas
Psychiatrie et Handicap sont tous deux des termes récents dont les champs (la folie et l'invalidité) pourtant se sont croisés et parfois recouverts au fil de l'Histoire. Déviants, anormaux, aliénés, diminués, tarés ou encore déficients : les sociétés, en fonction des contextes culturels et politiques, ont porté des regards différents sur ceux qui, par l'exceptionnalité de leur corps ou de leurs pensées, se prêtaient autrement à l'organisation sociale établie. Longtemps, au sein de ces champs, se sont disputés et organisés les discours de la politique, de la religion, de la philosophie ou encore des sciences, bousculant sans cesse les limites de leur intelligibilité et de leur pertinence. Ainsi, multiples redéfinitions et redécoupages entre sacré et profane, âme et corps, théologie et biologie se sont, de l'Antiquité à l'ère moderne, opérés au sein des sociétés occidentales autour de ces questions. Cette dynamique de confrontation des discours est d'ailleurs toujours particulièrement palpable aujourd'hui. Se partageant les destins de la pauvreté à la célébration, de la marque divine à la possession démoniaque, de la bouffonnerie à l'enfermement, les fous ont généré, dans les différentes sociétés, tout autant l'intérêt que la peur et l'exclusion. La question des modalités de leur prise en charge a toujours éveillé les passions les plus diverses, autant dans le sens du rejet que dans celui de la quête scientifique, philosophique ou spirituelle.
Depuis quelques années, dans le paysage en mutation de la psychiatrie française et au sein du secteur social, est apparue une appellation nouvelle, cherchant à qualifier la problématique particulière de ces personnes souffrant de troubles mentaux : celle de «handicap psychique». Ce surgissement institutionnel a été rendu possible par une loi : celle de février 2005. Celle-ci est venue inscrire dans les textes français une nouvelle considération de la personne en proie à des troubles psychiques et ainsi confirmer une démarche depuis longtemps initiée par de nombreuses structures médicales, médico-sociales et associations de parents et de patients (d'usagers devrions-nous dire). La revendication de la reconnaissance d'un handicap dit «psychique» a reposé sur le constat de nécessités évidentes pour les personnes touchées par la maladie mentale, telles qu'on les retrouve notamment dans le Livre blanc des partenaires de Santé Mentale de juin 2001 : l'intérêt d'un accompagnement adapté en dehors des murs de l'hôpital psychiatrique, tout d'abord et la reconnaissance d'un droit à la compensation spécifique et d'un statut protégé, ensuite. De par l'apparition des thérapeutiques chimiques et la réorganisation hospitalière, il a semblé en effet sans aucun doute particulièrement urgent de concevoir des solutions nouvelles de prise en charge pour les patients de la psychiatrie qui, en grande majorité vivent aujourd'hui dans la cité.
<br />Pour autant, il serait faux de penser que les ressorts de cette appellation se limitent aux versants administratifs et techniques offerts par l'univers du Handicap associé, pour l'occasion, à celui de la «Santé mentale» : derrière les droits obtenus et les négociations décomplexées apparaît un véritable courant de pensée porté par un vocabulaire spécifique et des volontés particulières. Nous nous interrogerons ainsi à la genèse bien sûr de cette notion et nous tâcherons d'en délimiter les lignes de démarcation mais nous analyserons également les conséquences de son introduction : conséquences au niveau des institutions, au niveau des pratiques professionnelles, à celui des demandes et bien entendu, d'une façon plus générale, vis-à-vis de la folie dans notre société.
<br />La structure particulière de cet ouvrage renverra implicitement à une difficulté singulière : celle émanant de l'écart considérable, parfois, entre les justifications théoriques, les recommandations officielles autour des pratiques et les réalités des enjeux propres à l'expérience la plus quotidienne. Ce ne sera qu'en s'orientant à partir des situations réelles, qui jalonneront l'ensemble de cet ouvrage, que l'on aura peut-être une chance, en creux, et sans céder aux facilités des justifications «santémentalistes», de s'y retrouver, face aux interrogations fondamentales que ce champ nouveau ne peut manquer d'ouvrir.
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